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L’évaluation du langage oral

Professeur Rondal, université de Liège

Intervention lors du séminaire national "Le langage oral, priorité de l'école maternelle", Paris le 17 mai 2001.
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Préalable : la pédagogie est à la fois un art et une technique. Je me place en tant que technicien du langage.

Composantes techniques d'une évaluation du langage oral

Une évaluation du développement langagier est-elle techniquement possible ?

Techniquement, oui. Le problème réside dans son adaptation à la situation scolaire.

Sur quoi doit-elle porter ?

Cette évaluation doit porter sur les principales composantes de la fonction langagière : production / réception - compréhension et sur les paramètres suivants :

Un autre aspect qui ne sera pas développé ici : le métalangage, qui consiste à étudier les mécanismes qui interviennent dans l'usage de la langue.

La production est l'ensemble des mécanismes issus de l'intention de communiquer pour aboutir à la transmission d'un message. La réception-compréhension est le mécanisme qui consiste à retrouver le sens qu'a voulu donner au message, le locuteur.

Pourquoi est-ce compliqué d'évaluer la langue orale ?

Parce que la langue est un système complexe à la fois structural et fonctionnel :

Il existe plusieurs niveaux de compréhension :

Remarques :

Les trois niveaux se combinent la plupart du temps. Certains messages oraux ne demandent qu'un seul niveau de compréhension.

Si les deux premiers niveaux peuvent donner des performances supérieures à celles de la production, les performances du 3ème niveau sont assimilables à celles de la production. => En milieu scolaire, on peut donc se contenter d'évaluer le niveau 3 en situation de production orale et se concentrer sur l'évaluation des niveaux 1 et 2.

 

L'intérêt d'évaluer le langage oral à l'école

Pourquoi la pratique de l'évaluation soulève-t-elle souvent des réactions négatives chez des parents et des enseignants ?

Ces réactions sont plus ou moins justifiées. Tout dépend de ce qu'on fait et de ce qu'on en fait… Les dangers de l'évaluation ne sont pas inhérents à la procédure évaluative mais émanent des modalités de la mise en œuvre : ce sera le cas d'une évaluation trop hâtive, incomplète, qui fige et ouvre la porte à des "filières", qui ne tient pas compte de la variabilité interindividuelle…

Par contre, une évaluation conçue dans une perspective dynamique ne peut qu'être bénéfique pour les enfants.

A quoi peut servir cette évaluation du langage oral ?

Une évaluation bien menée est forcément un plus pour tous.

 

Axes de réflexion pour la mise en œuvre en classe

Comment pratiquer une évaluation de l'oral en classe ?

Et les retards, les troubles de langage ?

Vers 4 ans tout retard sévère est à repérer et à traiter en milieu médical.

Ce repérage est fait par les enseignants aidés des psychologues scolaires.

Important : il faut tout faire pour d'abord essayer de résoudre ces difficultés dans la classe. En maternelle, on a le temps, on doit se le donner.

En quoi consistent les différentes compétences en langage oral ?

Les compétences phonologiques : Elles sont relativement aisées à évaluer en mode production. Il y 38 phonèmes identifiés et leur trajectoire d'acquisition dans le temps est connue. On sait qu'une bonne prise de conscience phonologique annonce de bonnes performances en lecture. Bien entendu, en maternelle, on se focalisera sur la production orale de ces sons. L'outil qui convient est une grille d'observation continue.

Les compétences lexicales : On s'entraînera à classer les mots en catégories sémantiques contenant plus ou moins d'exemples. On s'appuiera sur la fréquence d'emploi. Les outils seront des grilles, des listes de mots à l'usage des enseignants.

Les compétences morpho-syntaxiques : Elles sont en nombre restreint. Leur calendrier de développement est connu. Leur mise en œuvre correspond assez bien aux activités scolaires. On ira de l'organisation générale du texte à la justesse de l'information. Les outils pour les enseignants viseront d'une part, un apport de connaissances minimales sur ces structures et d'autre part une élaboration de grilles sur l'organisation des différents types de discours (macrostructures : cohésion textuelle et propositionnelle).

Les compétences pragmatiques : Elles sont fondamentales mais étroitement liées aux autres compétences. C'est la conjonction de ces quatre aspects qui fait un discours compréhensible.

La mise en place d'une évaluation en langage oral est donc possible et bénéfique si elle est bien pensée mais elle ne peut reposer uniquement sur les épaules des enseignants. Elle doit s'accompagner de l'organisation d'un réseau de guidance dans et hors l'éducation nationale. Il est possible d'ores et déjà d'aller à la recherche d'outils de spécialistes qui existent déjà pour constituer un référentiel pour les formateurs.

 

Place et rôle de la conscience phonologique

Surtout mise en avant par l'équipe du docteur Zorman. Les travaux datent d'une vingtaine d'années. Aujourd'hui, il faut replacer la conscience phonologique à sa juste place. On est de moins en moins sûr que c'est un pré-requis à l'apprentissage en lecture. C'est plutôt une conséquence d'une certaine pratique de la lecture à condition d'avoir une capacité métaphonologique développée. Par contre, on sait qu'il existe un pré-requis à la l'apprentissage de la lecture au niveau syllabique. La conscience phonologique, elle, vient pendant, après mais très peu avant l'apprentissage de la lecture. On doit donc vérifier si elle s'installe entre le CP et le CE2.

Remarque : Les études sur les enfants retardés mentaux montrent qu'ils apprennent à lire malgré une conscience phonologique très limitée. Il est possible d'arriver à un certain niveau de lecture avec seulement une capacité syllabique.