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L’apprentissage du langage

D’après un article d’Emmanuelle Canut

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L'apprentissage du langage s'effectue différemment d'un enfant à un autre parce qu'il est étroitement dépendant des offres langagières qui sont faites à l'enfant par les adultes de son entourage : dès son plus jeune âge, l'enfant apprend à parler et à penser en s'appuyant sur les éléments lexicaux et grammaticaux proposés par les adultes. Si cette affirmation peut paraître triviale, les verbalisations de l'adulte n’auront cependant d’effet pour l'apprentissage que si l'adulte offre à l'enfant un fonctionnement langagier qui convient à ce qu'il cherche à exprimer, au moment où il en a besoin - un fonctionnement langagier proche de ses capacités du moment mais les excédant légèrement.

L'enfant n’apprend donc pas par contact ou imprégnation, dans un "bain de langage" plus ou moins anarchique : au contraire, l’enfant apprend en captant précisément dans les énoncés des adultes des éléments et des fonctionnements syntaxiques qu'il essaie dans ses propres énoncés, pour en tester les effets et les réutiliser en situation le moment venu, en fonction de ses besoins et de ses désirs de verbalisation.

L’enfant n’apprend pas non plus en répétant des modèles de phrases ou de structures déjà entendus. Il fait un travail inconscient d’hypothèses sur le  fonctionnement du langage des adultes, en procédant à ce que H. Wallon a appelé l’"imitation créatrice".

De ce fait, l'apprentissage du langage ne peut être qu'individuel…

Des modalités d’interaction favorables au développement : les reprises et les reformulations

Les reprises et reformulations de l’adulte ont un effet "catalyseur" pour l’évolution du langage de l’enfant à condition qu’elles correspondent aux hypothèses faites par l’enfant au moment où elles sont proposées.

Ces reprises et reformulations peuvent porter sur :

Quand les propositions de l’adulte s’appuient sur ce que dit l’enfant, quand elles sont des réponses aux essais de l’enfant, on peut observer non seulement un allongement des énoncés de l’enfant mais aussi une reprise de ces fonctionnements proposés par l’adulte, d’abord immédiatement dans des contextes linguistiques identiques, et ensuite en différé dans d’autres contextes.

Néanmoins, cette évolution des tâtonnements de l’enfant sur les constructions de la langue vers des productions autonomes (c’est-à-dire des productions non dépendantes de verbalisations antérieures de l’adulte) est souvent longue (plusieurs mois). En effet, l’appropriation (au sens d’une intégration de schèmes dans un fonctionnement cognitivo-langagier propre à l’enfant) se fait rarement immédiatement : l’enfant n’intègre pas un élément de la langue si cela ne correspond pas à son système langagier du moment. Par ailleurs, la répétition-mémorisation d’un élément n’est aucunement le signe d’une véritable appropriation, elle n’est qu’une stratégie possible au cours du processus d’apprentissage.

Des modalités d’interaction moins favorables à une structuration du langage

D’autres études ont montré que certaines façons d’interagir de l’adulte n’amenaient pas l’enfant à une verbalisation maximale :

De la même façon, certaines situations de dialogues sont moins favorables que d’autres à la production de verbalisations maximales :

De l’intuition à la "conscientisation"…

Les études de dialogues entre adulte et enfant (dans le cadre familial ou scolaire) montrent chez l’adulte deux façons "spontanées" d’interagir :

Pour exploiter ces situations d’interaction, on peut :