Les "incontournables" de la littérature enfantine

Télécharger le document

L’album est entré en force dans les écoles maternelles ; on ne peut que s’en féliciter. Néanmoins la satisfaction qu’inspire la multiplication des activités conduites dans les classes autour des livres doit s’accompagner d’une interrogation : tous les albums ont-ils la même valeur pour une fréquentation scolaire, y a-t-il des ouvrages que tout enfant de six ans devrait avoir rencontrés, des "incontournables" ? Cette question renvoie à une préoccupation présente dans les programmes de 2008 : donner une première culture littéraire aux enfants.

S’il n’est pas aisé de s’entendre sur la culture littéraire en général, que dire d’une culture littéraire à l’usage d’enfants non lecteurs ! On pourrait la définir comme la connaissance de l’ensemble des œuvres écrites à destination des jeunes enfants qui, par leurs qualités durablement reconnues, appartiennent au patrimoine, définition qui amène deux nouvelles questions :

1. Quelles œuvres composent cet ensemble ?

2. Qu’entend-on par "connaissance" ?

La liste que nous vous proposerons, élaborée par le groupe "Maternelle 13" en lien avec des collègues de l’école maternelle, ne se prétend ni totalement exhaustive, ni absolument objective. Elle se propose seulement d’aider les enseignants de maternelle à s’orienter dans une production éditoriale conséquente mais assez inégale en attirant leur attention sur des ouvrages de qualité indiscutable, sur des histoires qui depuis longtemps nourrissent l’imaginaire enfantin, bref sur des "incontournables".

I. Quel corpus ?

Constituer un corpus suppose accepter l’idée d’une hiérarchie entre les œuvres et de critères de sélection qui limitent la subjectivité sans la proscrire totalement. On choisira donc en priorité :

1. Des œuvres écrites à destination des jeunes enfants

La littérature "dérobée" comprend l’ensemble des œuvres initialement écrites pour des adultes, que les jeunes ont lues, d’abord en cachette, puis de manière moins dissimulée jusqu'à ce qu’elles finissent par être considérées comme des œuvres pour la jeunesse.

2. Dotées de qualités durablement reconnues

En ce qui concerne le contenu

En ce qui concerne la forme

Un récit "caractérisé" présente les épisodes dans l’ordre chronologique de leur déroulement et met en évidence les rapports de cause à effet qui justifient la succession des événements. C’est un récit linéaire type.

3. Qui appartiennent au patrimoine

L’expression laisserait penser que seuls des albums anciens peuvent convenir ; en fait, même si on ne saurait écarter des textes qui peuvent apparaître, souvent à tort, comme désuets, il ne s’agit pas non plus d’exclure les ouvrages les plus récents. Il faut interpréter cette exigence comme une mise en garde contre les phénomènes de mode et les engouements passagers pour des albums dont on peut penser avec un peu de sens critique qu’ils ne résisteront pas à l’épreuve du temps.

Le patrimoine se compose :

De textes anciens apparemment désuets qui ont forgé la culture de l’humanité :

D’albums récents qui à leur tour vont contribuer à cette fondation : il est difficile de les nommer sans en oublier mais on peut admettre que certains auteurs et/ou illustrateurs font autorité : Boujon, Browne, Corentin, Lioni, Ponti, Rascal, Solotareff…

 

II. Quelle connaissance ?

La culture littéraire chez un adulte implique la connaissance de titres, d’auteurs, de courants ; elle est en partie – en partie seulement – indépendante de la lecture des œuvres.
Pour un enfant la mémoire des œuvres ne peut s’appuyer que sur leur fréquentation voire, pour certaines d’entre elles, l’analyse.

1. La fréquentation des œuvres

Raconter.

Les élèves doivent :

Une structure en "randonnée" comporte une succession d’épisodes analogues souvent placés dans un ordre arbitraire.

Une structure en "ritournelle" conduit à une fin identique au début.

Un conte d’avertissement a une forte valeur prescriptive : Le petit Chaperon rouge vise à apprendre aux enfants qu’ils doivent obéir à leur mère.

Un conte initiatique met en scène un héros qui évolue fortement entre le début et la fin ; Le merveilleux voyage de Nils Olgersson est emblématique du genre.

Un conte des origines ou étiologique tente d’expliquer un phénomène naturel par une anecdote non réaliste ; beaucoup proposent des explications sur les caractéristiques des animaux : pourquoi le zèbre est rayé, la girafe nantie d’un long cou…

Lire.

L’équipe enseignante doit :

Les contes "détournés" s’appuient sur des contes célèbres mais en donnent une version qui prend à contre-pied un des éléments essentiels du conte originel, par exemple c’est le chaperon rouge qui tend une embuscade au loup

2. La mémoire

Il n’y a pas de culture sans mémoire. Il faut donc que les élèves retiennent les histoires que les enseignants leur racontent ou leur lisent et mémorisent le maximum de vocabulaire et de structures grammaticales.

Quelques outils.

La trace collective des lectures ou narrations : affichage des photocopies de couvertures dans le coin lecture, frise des albums étudiés, tableau avec classement des albums ou des contes racontés en fonction du personnage, de l’auteur…

La trace individuelle : le cahier de littérature avec photocopies des couvertures, dessin des personnages, symbole indiquant : "j’ai aimé, un peu, beaucoup…"

Quelques attitudes magistrales.

Faire référence aux lectures effectuées en s’appuyant sur l’affichage ou un cahier de littérature

Amener les élèves à raconter l’histoire, à la comparer avec d’autres, à citer le titre…

Susciter la mémoire langagière des élèves en évoquant des expressions, des tournures rencontrées lors de cette lecture