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Rencontre avec Nathalie C.

 

Ma fille va avoir 6 ans ; elle est actuellement en Grande Section.
J’ai repris mon travail l’an dernier après cinq ans d’interruption : le congé de maternité, un congé parental puis un congé pour création d’entreprise.

Avant la naissance d’Ariane, j’étais consultante en ressources humaines à l’APEC, une association qui s’occupe de l’emploi des cadres. C’est un emploi très mobilisant qui exige une grande disponibilité d’esprit. J’ai pensé très vite que je ne pourrais pas me partager entre une activité professionnelle aussi absorbante et la maternité. J’ai donc choisi de m’arrêter de travailler pour me consacrer entièrement à ma fille durant ses premières années.

L’approche thérapeutique ainsi que mes propres souvenirs d’enfance m’ont amenée à faire ce choix. Quand j’étais enfant puis adolescente, ma mère m’attendait à la maison à la sortie des classes ; nous parlions un moment toutes les deux. Je trouvais cela bien agréable et, lorsque je pensais à certaines de mes camarades qui passaient seules la fin d’après-midi, je considérais que j’avais de la chance.
Je ne crois pas cependant que l’on puisse dire que je me suis conformée à un modèle ; certes mon conjoint était parfaitement d’accord, mes proches aussi mais vraiment c’était une démarche personnelle.
En outre, j’ai eu ma fille vers 40 ans. Je n’avais plus d’ambition professionnelle : tout ce que j’avais à faire sur ce plan, je l’avais fait. Si j’avais eu un enfant vers 30 ans je ne sais pas comment j’aurais réagi car j’étais à mon pic de carrière mais, à la réflexion, je pense que j’aurais fait le même choix.

J’ai vécu cette période avec bonheur. J’ai créé avec ma fille une relation symbiotique qui nous a énormément apporté à toutes les deux. J’ai suivi son développement pas à pas : chaque jour j’observais l’émergence d’une nouvelle compétence, que dis-je de plusieurs compétences. J’avais du temps pour la laisser tâtonner, expérimenter, pour l’aider à faire et non pas faire à sa place. Ce qui me manquait c’était les conversations avec des adultes mais dans le cadre de la formation que j’ai suivie, j’en rencontrais. Nous avions fait le choix de renoncer à la grande ville et de nous installer dans un village pour profiter d’une vie sociale plus dense qui s’est révélée constituer un microcosme soutenant ; ici élever son enfant soi-même, ne pas le confier à une crèche suscitait un regard positif.

Cette expérience m’a obligée à effectuer un travail important sur moi : j’avais toujours tout contrôlé, il me fallait admettre de n’avoir plus ni salaire ni reconnaissance sociale, bref ne plus être autonome financièrement. Même si je ne m’occupais pas du ménage, j’ai souvent été agacée par le nouveau partage des rôles au sein de notre couple : il n’était pas toujours facile de ramener mon mari sur le terrain de la vie domestique. Il faut se rendre compte que ma présence à la maison créait pour lui une situation confortable ; il ne s’est d’ailleurs pas montré particulièrement favorable à ma reprise d’activité professionnelle voici quelques mois. Mais c’était essentiel pour moi à condition que je puisse ne travailler qu’à mi-temps ce qui m’a été accordé. Ma fille a ainsi trouvé plus d’autonomie ; je me réjouis de voir qu’elle a ses propres relations. Je rééquilibre ma vie et la sienne.

J’ai été heureuse d’arrêter de travailler pendant cinq ans puis de reprendre le travail. La plupart des femmes que j’ai rencontrées au cours de cette période partageaient ce point de vue, certaines de mes amies continuent de vivre ainsi avec satisfaction mais je ne me permettrais pas de dire que c’est la bonne solution. Moi, j’avais l’assurance que c’était ce que je voulais, que j’étais à la bonne place mais j’ai des amies pour lesquelles rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants semble inconcevable : elles voient le travail comme salvateur. Bien sûr, on ne peut faire abstraction des aspects financiers mais même quand le salaire du mari peut faire vivre convenablement toute la famille, il faut absolument que cela reste un choix personnel de la femme ; et ce serait mieux si ce choix était socialement reconnu : on pourrait par exemple concevoir une prise en compte des années de "parentage" par les régimes de retraite.