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P., ATSEM stagiaire

À la fin du collège, je n’avais pas trop de bons résultats, alors on m’a proposé de faire pendant un an les stages "Nouvelle Chance". Pendant une année scolaire, on a deux jours de classe par semaine, et le reste du temps, on fait des stages. Comme depuis toujours je voulais travailler avec des enfants, mais sans trop savoir dans quel domaine, j'ai demandé à faire mes stages dans des écoles maternelles. Ça m'a beaucoup plu et j'ai fini par passer le CAP Petite Enfance, avec encore de nombreux stages. J'aurais dû passer le concours d'ATSEM dans la foulée, pendant que j'avais encore la tête dans les études, avec des habitudes de travail, mais je ne l'ai pas fait et je le regrette : c'est beaucoup plus dur maintenant. Se remettre à travailler le soir, quand on est fatiguée de la journée, c'est plus difficile…

J'ai envoyé un curriculum-vitae à la Mairie d'Aix et j'ai été convoquée pour un entretien. Il y avait un jury de 6 ou 7 personnes, dont le responsable du personnel des écoles ; c'était très impressionnant. Ils m'ont posé beaucoup de questions. Quand j'ai su que j'étais acceptée, j'étais contente ! Je suis devenue une "Ponctuelle", du personnel à qui la mairie fait appel en cas de besoin pour remplacer un agent d'entretien ou une ATSEM et qui est payé à l'heure.
Quelques jours après, j'ai fait une journée de ménage dans une école –c'est un test que la mairie fait passer à tout le monde- et depuis, je n'ai fait que des remplacements d'ATSEM.

Cette année, à la rentrée, je faisais un remplacement dans une école maternelle et la mairie m'a appelée à la récréation pour m'envoyer ici pour toute l'année ! J'étais un peu inquiète : on ne sait jamais quelle ambiance on va trouver, et en plus c'est loin de chez moi et je viens à pied. Mais finalement, l'école est sympa, l'équipe géniale, et j'ai un super feeling avec ma maîtresse, les parents sont formidables, très ouverts et à l'aise avec l'école et les enfants sont des chouchous. On s'entraide toutes. Je suis vraiment contente de venir le matin ! Et je suis devenue une "Ponctuelle Longue Durée". Si tout va bien, je deviendrai "Stagiaire", puis je serai titularisée… mais il faudrait vraiment que je passe le concours !

Les journées sont longues et bien remplies. Ça me convient, car j'ai besoin de bouger, j'ai besoin d'un métier qui m'use. Derrière un bureau, je m'embêterais trop ! La pause, c'est le plus dur pour moi : ne rien faire pendant ½ heure ! je m'ennuie, je me sens inutile ; pourtant ça fait du bien…

Je travaille 10 heures : de 7h20 à 17h20, si je fais la garderie du matin ou de 8h00 à 18h00 si je fais celle du soir. On alterne avec les collègues.

La garderie du matin, c'est peut-être le plus dur pour moi. C'est tôt, pour moi et pour les petits… Ils ne sont pas bien réveillés, certains vont rester très longtemps à l'école. C'est une grosse journée pour eux. Ça me fend le cœur.

À 8h10, je suis en classe et la maîtresse me donne ses directives pour la journée ; à 8h20, elle accueille les enfants. Je mets le matériel en place et j'accompagne le passage aux toilettes. Ensuite, c'est le moment des ateliers. Parfois, je prends des enfants qui n'ont pas fini un travail, mais le plus souvent, la maîtresse me laisse la responsabilité d'un groupe. Elle m'indique le matériel qu'il faut, elle me dit les consignes, après je gère : elle me fait confiance. C'est important ! Je suis avec des ateliers de peinture, de découpage, de collage… L'écrit, les apprentissages, c'est la maîtresse. J'aime bien ces moments : je regarde, je guide, je conseille… on est proche, on a un échange avec les enfants. J'aime tout ce qui est manuel, créer de belles choses avec les enfants. Ma maîtresse, elle a plein d'idées.

Pendant les récréations, chacune notre tour, on est de service aux toilettes pour aider les enfants ou soigner les petits bobos. Sinon, on remet les classes en ordre.

En fin de matinée, c'est le sport. J'aide les enfants pour changer de chaussures, pour installer le matériel. Je ne participe que si la maîtresse a besoin de moi, pour assurer la sécurité d'un atelier, par exemple.

À 11h20, j'emmène les enfants qui mangent à la cantine et je les passe aux toilettes. Nous déjeunons en même temps que les enfants, mais à une table à part. Ce serait peut-être mieux de manger à leur table, mais ce serait difficile à organiser : nous ne sommes que deux. Du coup, on mange vite, dans le bruit, et on est un peu stressées. Parce qu'il faut aider les enfants, couper la viande, les aider à manger, les solliciter. On ne les force pas, mais on essaie de trouver des astuces pour qu'ils goûtent. En général, ici, ils mangent bien à part un… c'est un petit, il fait de longues journées, la cantine c'est un peu trop pour lui. Quand un enfant n'a pas bien mangé, je le dis à la maman le soir. Elles me demandent, les mamans. Pour la classe, c'est à la maîtresse de dire, mais le reste c'est moi. La grande question, c'est la sieste : "Il a bien dormi ?" C'est vrai qu'à la crèche, on leur disait les heures de sommeil, mais pas à l'école.

On couche les enfants après la cantine, à deux avec ma collègue. Après, elle part en pause ½ heure. Elle revient après que les petits qui ne mangent pas à la cantine m'ont rejointe dans le dortoir et c'est moi qui pars en pause.

Je reviens en classe. Si la maîtresse a besoin de moi, je m'occupe d'un groupe, mais le plus souvent, je fais du classement, du rangement, des préparations… La maîtresse me donne toujours un exemple de ce qu'elle veut. Elle m'explique comment faire, à quoi ça va servir. J'aide les enfants qui se réveillent. Les gros dormeurs, il faut les réveiller. C'est le plus dur, ça me fait de la peine… Ils dorment profondément. Moi, on me réveillerait comme ça, ça ne me plairait pas !

J'ai encore ¼ d'heure de pause après la récréation puis je range la classe : nettoyer les tables, le matériel, les gros dégâts, ranger les chaises… Le ménage, ce n'est pas moi qui le fais.

Au début, j'ai eu du mal à me positionner vis-à-vis des enfants. J'étais trop proche d'eux, pas assez adulte. Cette année, ça va mieux même s'il y en a avec qui c'est encore dur, peut-être parce qu'eux-mêmes ne savent pas trop ce que c'est qu'un adulte… Et j'ai encore du mal à gérer l'émotion : un enfant qui quitte l'école en cours d'année, j'en suis malade ! On s'attache, on passe dix heures avec eux, c'est plus de temps qu'avec leur maman !
Et puis cette année, j'ai vécu ma première rentrée. Les pleurs et impossible de les réconforter puisqu'ils ne me connaissaient pas, même les parents qui sont très émus, et méfiants puisque j'étais une inconnue. Heureusement qu'il y a la maîtresse ! C'est le point fixe !

Je n'ai pas encore droit à une formation, c'est pour les titulaires. Parfois, quand on est stagiaire, on peut y aller, s'il reste de la place. C'est sur les gestes professionnels, les activités, les besoins des enfants… Sinon, à la mairie, ils sont bien : les agents de maîtrise nous écoutent, même les secrétaires, quand elles nous appellent, on sent qu'elles sont contentes de nous donner du boulot. Maintenant, je peux imaginer mon avenir : prendre mon indépendance car j'habite encore chez mes parents, être titularisée, fonder une famille, passer le concours d'ATSEM…

Pas de regrets ! Jamais !