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Mme Dhersin, dite "Mamie", ATSEM en retraite - Lançon

J’ai commencé à travailler, je n’avais pas quinze ans. C’est le maire qui m’a demandé de venir à l’école pour remplacer la femme de service qui allait être absente. Il me connaissait parce que je gardais souvent des enfants de militaires. En septembre, la femme de service n’est pas revenue, le maire m’a demandé de rester. Il ne pouvait pas m’embaucher : j’étais trop jeune mais il s’est débrouillé. Mes parents n’étaient pas d’accord : ils voulaient que je continue l’école ; j’étais dans la classe du certificat d’études. Mais moi je préférais travailler alors ils ont fini par accepter.

À l’époque l’école comptait deux classes élémentaires et une maternelle. On prenait les enfants à quatre ans. Après on est passé à deux classes puis on a déménagé dans une vraie école maternelle avec quatre classes. Au début, il n’y avait aucun crédit. Quand la maîtresse avait besoin de quelque chose, elle m’envoyait voir le maire qui me donnait un peu d’argent. Je devais juste penser à ramener le ticket quand j’aurais l’occasion de retourner le voir.

Mon travail c’était surtout de laver les mains des petits, de changer celui qui s’était sali, de consoler celui qui pleurait… et puis aussi le ménage. Le matin j’allumais le poêle, ou c’était mon père qui venait le faire pour que je ne commence pas la journée trop tôt. Il n’y avait pas de cantine alors les enfants de la campagne, quatre ou cinq, apportaient leur gamelle ; je les mettais dans une marmite pleine d’eau que je plaçais sur le poêle ; comme cela, à midi, ils mangeaient quelque chose de chaud. Quand la maîtresse était malade et qu’il n’y avait pas de remplaçant je gardais les enfants. Il fallait bien que je trouve quelque chose pour les occuper.

Dans la classe je m’asseyais au fond pour préparer le matériel. On faisait tout avec ce qu’on récupérait à la maison ou que les gens nous donnaient. Pour les dessins, je décalquais avec du papier de boucherie en m’appuyant sur les vitres. Après, le maire nous a acheté une machine à alcool, c’était mieux mais on s’en mettait partout. Ah cette machine !… Quand je suis partie en retraite, on m’a offert la première machine à alcool utilisée dans l’école. Je la garde précieusement.

Très vite j’ai aidé la maîtresse quand elle faisait la classe mais il ne fallait pas le dire, surtout avec le maire qui a remplacé celui qui m’avait recrutée. Pour lui, on était de simples femmes de ménage. Les textes sur les ATSEM, il s’en moquait. Il aurait fallu passer tout le temps à lessiver, le sol, les murs. Heureusement comme c’était de la peinture à l’eau, on ne pouvait pas trop insister. Il venait à l’improviste dans l’école alors on avait pris l’habitude de s’installer dans les couloirs pour ne pas risquer qu’il nous trouve en classe. La cantine avait été créée ; c’est là qu’on était le plus détendu.

Avec ce maire, je n’étais pas payée pendant les vacances, ou alors je devais aller travailler dans d'autres locaux de la mairie et je n’ai même pas eu de congé de maternité. Je travaillais onze heures par jour sans une pause. Une fois il a voulu me renvoyer mais les parents ont protesté et les enseignantes aussi. Il faut dire qu’elles se sont toujours "mouillées" pour nous défendre.

Le nouveau maire, il a tout changé. Il vient souvent dans l’école, il parle avec les enfants, il nous demande notre avis. Nous sommes devenues ATSEM, nous avons même eu des bureaux comme les enseignantes.

Avec les enseignantes, cela s’est toujours bien passé. On discutait beaucoup le samedi, on apprenait à se connaître, on allait manger ensemble à la fin de l'année... Avec les parents aussi. Ils nous faisaient des cadeaux pour Noël, en fin d’année.

Les enfants, c’était le bonheur ! Quand j’étais jeune, j’avais la classe des petits ; après j’ai travaillé avec la maîtresse des grands et des moyens. Je crois que c’étaient les moyens où j’étais le mieux parce que je sentais qu’ils avaient encore vraiment besoin de moi et je pouvais aussi les prendre en ateliers pour des travaux manuels, la pâte à sel, la peinture... Là, je "m’éclatais". C’est la seule formation que j’ai reçue en 44 ans et j’adore ça. J’en fais encore dans le centre de loisirs. Les enfants, je trouve qu’ils ont changé, ils sont plus remuants aujourd'hui mais, quand même, ils sont formidables.

Le seul regret que j’ai, c’est d’avoir quitté l’école mais je ne pouvais plus y arriver. Aujourd’hui, mes premiers "petits" deviennent grands-parents. Dans le village, toute le monde me connaît et même les jeunes, quand ils passent en voiture et qu’ils me voient, ils s’arrêtent et viennent me parler de ce qu’ils font maintenant et de leurs années de maternelle.