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Mme Berthon, ATSEM en retraite - Grans-en-Provence

Je suis devenue ATSEM un peu par hasard en 1972. J’avais déjà travaillé auprès d’enfants tuberculeux dans une maison de cure. J’étais en recherche d’emploi et j’avais envie de rester avec de jeunes enfants. Un poste s’est libéré à la maternelle de Grans. Je me suis présentée. On était 7. La directrice nous a fait passer un examen. Il y avait une épreuve de maths, une dictée et on devait rédiger un courrier. J’étais un peu inquiète parce que mon brevet me semblait loin mais cela a dû bien marcher puisque j’ai été choisie. Et comme le travail m’a plu, je suis restée dans cette école jusqu’en 2007.

En 35 ans j’ai vu beaucoup de changements. D’abord l’école qui était une classe enfantine est devenue une vraie maternelle à 3 puis à 5 classes. Nous avons déménagé deux fois, la première pour nous installer dans des bâtiments bien plus fonctionnels, la deuxième pour une grande école très moderne mais c’était juste avant que je parte en retraite.

C’est surtout mon travail qui a évolué. Les trois premières années, j’ai passé mon temps à m’occuper du ménage et des petits élevages de la classe, les tortues, les poissons. C'était une petite école et j'assurais tout l'entretien (cour et locaux). Je découpais des feuilles, je préparais les pots de colle mais, les enfants, je ne m’en occupais pas vraiment et ce n’était pas du tout ce que j’attendais. J’en ai parlé à la directrice ; je lui ai expliqué que ce travail ne me convenait pas et que je risquais de ne pas rester. Alors comme elle m’appréciait, elle a commencé à me faire participer à certaines tâches, la surveillance des récréations, de l’atelier peinture. Et puis l’école a grossi, les charges de la directrice se sont alourdies et petit à petit j’ai été plus sollicitée en classe pour faire travailler les enfants.

Mon métier est devenu plus valorisant mais aussi plus fatiguant même si à Grans, nous étions privilégiées car il y toujours eu une ATSEM par classe et nous avions à peu près les vacances scolaires, sauf l’été où nous passions trois semaines à remettre les classes en état. Autre avantage, la commune a fait en sorte que nous obtenions le statut d’ATSEM mais cela n’a rien changé pour nous et nous n’avons jamais reçu de formation professionnelle continue. Il est vrai que nous n’avons jamais pensé à le demander.

Les dernières années où je travaillais, nous commencions à 7h 30 avec le périscolaire. Vers 8h 15 chaque ATSEM venait récupérer ses enfants et les conduisait dans la classe. Après l’arrivée des autres, on les conduisait aux toilettes. Pendant le regroupement, j’installais le travail sur les tables. Mon enseignante – cela a toujours été la directrice de l’école qui avait la section des petits – m’indiquait tout ce dont elle aurait besoin en fin de semaine pour la semaine suivante et je préparais le matériel le samedi matin car il n’y avait pas beaucoup d’élèves. Pendant les ateliers, je surveillais trois groupes : j’aidais les élèves quand je sentais qu’ils étaient perdus, j’intervenais quand un renversait la colle… Après on retournait aux toilettes, il fallait les habiller surtout en hiver puis je surveillais la récréation avec des enseignantes ou je remettais la classe en ordre. La pause café, on n’avait pas souvent le temps !

Le plus pénible c’était et c’est toujours la cantine. Les enfants sont trop nombreux. Ils mangent avec les grands et tous font beaucoup de bruit. Et puis on se fait du souci pour eux : ils sont de plus en plus difficiles pour manger et quand on en voit qui retournent en classe quasiment le ventre vide, cela fait mal au cœur. Nous, nous déjeunions avant eux, vers 11h.

Après le repas, je surveillais la sieste dans le dortoir. J’apportais quelque chose de calme à faire, du découpage, du collage dans les dossiers. Le ménage, on le commençait après 16h 30. Cela faisait des journées bien longues.

Les enfants aussi ont changé. Quand j’ai débuté, j’avais l’impression qu’ils venaient à l’école parce que les parents les y déposaient ; plus tard j’ai remarqué qu’ils avaient vraiment envie de venir sauf au tout début de l’année pour les petits, qu’ils étaient ravis de ce qu’ils y faisaient. S’occuper des enfants c’est ce que j’ai trouvé le plus gratifiant même si certains m’ont posé problème comme A. qui était en intégration. Quand je la voyais le matin qui faisait du bruit avec la bouche je savais que j’allais vivre l’enfer. Je ne pouvais plus faire mon travail d’ATSEM. Après il y a eu des auxiliaires d’intégration et cela a bien amélioré les choses.

J’ai bien aimé les relations avec les parents. Cela me fait toujours plaisir de les rencontrer dans le village. Je me suis toujours bien entendue avec mes collègues et j’ai eu la chance de travailler avec des enseignantes, les directrices de l’école, qui m’ont très vite donné des responsabilités et m’ont traitée comme une vraie collaboratrice. J’ai beaucoup appris avec elles.

Je m’étais bien préparée à la retraite : je n’ai pas de regrets mais beaucoup de souvenirs formidables. Si je devais donner des conseils à une ATSEM débutante, je lui dirais d’essayer d’avoir toujours le sourire, de laisser ses problèmes personnels à la maison et surtout d’avoir beaucoup de patience avec les enfants.