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"ATSEM" au début du XXème siècle

Extrait du roman "La maternelle" de Léon Frapié (Librairie Universelle) - Prix Goncourt 1904

– Aimez-vous les enfants ? a demandé [la Directrice] d’une apostrophe rieuse, en m’analysant d’un regard perplexe, puis, sans écouter mes protestations de dévouement, elle m’a expliqué allègrement mes fonctions, d’après le Règlement, invoqué comme un avantage, à tout bout de phrase.

La femme de service est priée d’arriver strictement à six heures du matin, pour l’allumage des feux, en hiver, pour l’arrosage de la cour et l’aération des classes en été. À partir de sept heures, en été, et de huit heures, en hiver, elle doit être continuellement à la disposition de la directrice et des adjointes pour tous les soins matériels nécessaires aux enfants et notamment pour la conduite aux cabinets et aux lavabos, à neuf heures, avant l’entrée en classe et à une heure, après le déjeuner. Le matin, pendant la classe, c’est-à-dire de neuf heures un quart à onze heures et demie, elle entretient les feux, prépare les paniers et les tables de réfection, répond à tous les appels, en cas d’accidents malpropres, et garde les élèves si la directrice ou une maîtresse a besoin de s’absenter. Ensuite elle habille ceux qui vont prendre leur repas dans la famille, elle sert le déjeuner, sous la surveillance d’une maîtresse et aide les tout petits à manger.

Après le repas et le service de la cour, il faut dégraisser les tables et le parquet. À quatre heures, distribution des paniers, habillage et organisation de la sortie avec les maîtresses. Ensuite, nettoyage minutieux des classes évacuées, et, seulement après le départ du dernier enfant, balayage du préau. Les enfants que les parents viennent chercher peuvent rester jusqu’à six heures en hiver, jusqu’à sept heures en été. Dans les temps froids, on monte de la cave environ dix seaux de charbon de terre. En somme, la journée est à peu près terminée à sept heures, en hiver, et à huit, en été.

Je m’inclinai en grande satisfaction. Je n’entrevoyais pas plus de treize à quatorze heures de travail quotidien pour mes quatre-vingts francs par mois et je me disais : il n’y a encore rien de tel que l’Administration.

Avant de me congédier, la directrice ajouta rondement avec un sourire de générosité personnelle :

– Quand deux jours de fête se succèdent, vous employez l’un d’eux, celui que vous voulez, à faire le lessivage général des parquets.

[...]

Sur un coup de sifflet, trois rangs se formèrent et ce fut la conduite aux cabinets. Je suis chargée du déboutonnage, du relevage de chemise et du reboutonnage des petits qui ne savent pas procéder seuls.

Dieu qu’ils sont bas ! pas plus hauts que le siège d’une chaise ! Il ne suffit pas que je me courbe en deux, il faut que je me tienne accroupie ; on ne se doute pas combien cette position est fatigante. Mes clients font la queue près de moi et arrivent dans mes mains chacun à son tour. J’ouvre, je trousse, très vite… cinq, six, allez ! Je reprends, je rajuste ; allez, allez !

Un blondin drôlement culotté que je crois avoir suffisamment préparé ne bouge pas ; il me considère fixement et me dit d’un ton d’autorité impatiente :

– Eh bien ! sors-moi ma bête !